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Patricia Lynne Duffy

 

du cœur de Chelsea, NY…

 

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Lisez ce que le co-fondateur de Twitter Biz Stone et autres ont dit sur le livre de Patricia Lynne Duffy:
« Blue Cats and Chartreuse Kittens: How Synesthetes Color Their Worlds »

 

 

 

 

 
 

  Voler ou voler ?

 

par Patty Duffy

 

 


 

N ous étions assis dans l’appartement de Samia, la voisine d’Hélène dans notre quartier préféré, La Butte-aux-Cailles, à Paris.

     C’était notre séjour d’été annuel à ce merveilleux endroit, et Josh et moi, nous étions si contents de passer le soir avec nos amis, Hélène, Patrick, Samia et sa fille. On s’attendait à un bon repas de couscous que Samia et sa fille préparaient.  En fait, nos amis essayaient de nous soulager avec ce repas… Ça a été une semaine difficile.  Nous n’avions que deux semaines précieuses à Paris… (Le répit annuel et bref de notre ville natale et habituelle, New-York.

 

     Mais cette semaine, notre séjour magique a été interrompu par un contretemps rarissime pour Josh… il s’est entaillé la main.  Pendant qu’il s’habillait et qu’il passait la main avec véloce par la manche, la main a percuté une lampe pendante — et on devait aller en vitesse à l’hôpital ! Ce soir, en attendant le repas, on parlait de son expérience dans l’hôpital et la nécessité de changer notre vol de retour à New York.  Dans un français courant, Josh expliquait ce que les médecins ont dit.  Moi, par contre, avec mon français limité, j’avais ma lutte habituelle en essayant de suivre la conversation !
 
     Mon stratégie pour s’engager dans la conversation d’une groupe : faire comme si je comprenais et attendre jusqu’à quelqu’un dit quelque-chose que j’ai vraiment compris… et puis, immédiatement, dire quelque-chose en réponse (que j’espérais ferait de sens). Dans ce cas, comme j’étais bien au courant de la situation de Josh et sa blessure, j’espérais pouvoir suivre la conversation…et j’ai trouvé l’occasion pour intervenir, cependant, parlant lentement, hésitant, comme j’avais besoin du temps pour chercher les mots en français.

   

     « Oui, les médecins dans l’hôpital… Ils ont dit que… à cause de sa main blessée, Josh ne peux pas voler dans l’avion cette semaine ! »

 

     J’attendais les mots habituels d’encouragement de mes gentils amis. Mais, cette fois-ci, les amis restaient silencieux, sans bouger.  Ils ont échangé des regards. J’ai pensé que, probablement, avec leur patience habituelle, qu’ils me permettaient le temps de chercher les mots et pour qu’une autre phrase fracturée émerge de moi.

 

 

     Comme je n’avais pas une autre phrase « en réserve », j’ai répété la précédente, « oui, comme je disais, les médecins, ils ont dit que Josh ne peux pas voler dans l’avion cette semaine. »

 

     J’attendais les hochements d’encouragement de mes amis.  Mais ils restaient sans bouger. Apres plusieurs secondes de silence,  Hélène m’a dit, « Ah, bon ? »

 

     « Oui, » j’ai dit,  contente pour le moins que j’avais dit quelque chose de compréhensible.  « C’est comme ça.  Voilà »  (j’aimais toujours avoir l’occasion de dire « Voila ! » comme une personne française.  Même, j’ai fait une tentative d’imiter le certain geste de main qui normalement l’accompagne.)

     Un autre silence. Après quelques secondes, Patrick a dit,

 

     « Alors, c’est-à-dire, que Josh, il ne peut pas voler jusqu’à que la main soit guérie. »

 

     « Voilà !, » j’ai répété avec le même geste de main, « c’est comme ça. »

 

     Patrick a continué, « Mais Pat, c’est normal que Josh vole dans l’avion ? »

 

     « Mais bien-sûr, » j’ai répondu. « Comme tout le monde ces jours »

 

     « Tout le monde ? » a demande Patrick. « Pas moi. ».

 

     « Moi non plus, »  a dit Hélène. 

 

     Mais, comment ?  Qu’est-ce qu’ils disent ?   Qu’ils n’étaient jamais passagers dans l’avion ? Ce n’était pas vrai, je le savais !

 

     « Mais Patrick — peut-être tu veux dire que, comme tu es allé voir ta famille dans le Midi cet été — tu n’avais pas besoin de voler dans un avion cet été. N’est-ce pas ? »

 

     « Non, ce n’est pas ça. », il a dit.  « Je ne fais jamais ça. »

 

     « Moi non plus, » a dit Hélène.

 

     « Mais si, » j’ai répondu, heureuse d’avoir une occasion d’utiliser ce mot, « si » quand on protestait quelque-chose.  Tel mot n’existe pas en anglais. 

 

     « Mais non », ont répondu Patrick et Hélène à l’unisson.

 

     J’ai regardé  Josh pour un peu d’aide.  « Mais bien sûr, ils ont volé dans un avion dans leurs vies, n’est-ce pas ? »

 

     « Je ne peux pas dire, » a dit Josh. 

 

     « Mais Pat,” a demande Hélène.  ’’Est-ce que tu fais ça ? »

 

     « Mais bien sûr !  Chaque été quand je viens à Paris.  Et quand je rentre aux États-Unis. Et c’est la même chose pour vous deux et pour tout le monde quand on voyage. »

 

     « Je n’en suis pas si sûr, » a dit Patrick.

 

     « Moi non plus, » a confirmé Hélène.

 

     Moi, j’étais complètement confuse.  Je pensais, peut-être qu’ils parlaient de cet été.  J’avais l’impression que j’avais entendu des petites pouffes de rire émanant d’où Samia et sa fille préparaient le couscous.

 

     J’ai dit, « Oui, je sais que cet été, Patrick a voyagé au sud de la France pour aller voir la famille.  Donc, tu n’as pas eu l’occasion de voler dans l’avion. Et Hélène, c’était la même chose pour toi.  Tu es allé voir la famille à Brest. Donc il n’y avait ni raison ni occasion de voler dans l’avion. 

 

     J’ai décidé que peut-être qu’il fallait rendre mon point plus claire, et j’ai ajouté une explication.

 

     « C’est-à-dire, d’une manière, si on n’a pas l’occasion de voler, du coup, on ne vole pas.  C’est vrai, non ? »

 

     Encore un petit silence.  Hélène a dit, « Pat, on voit une autre côté de toi, maintenant. »

 

     A ce moment-là, j’étais complètement perdue.  J’ai remarqué qu’Hélène, Patrick et Josh échangeaient des regards avec les sourires cachés.

 

     Patrick a dit, « Moi, j’espère prendre le vol, mais jamais de voler au cours du vol. »

 

     Pour mes oreilles, les mots de Patrick ressemblaient un koan de zen.  Ils n’avaient pas de sens dans le sens conventionnel, cependant, ils me paraissaient posséder une vérité mystérieuse, trop subtile à saisir. 

 

     Encore des pouffes irrésistibles de rire en provenance de la cuisine.

 

     Puis, Samia a appelé de la cuisine, « Hélène, est-ce que tu peux voler un moment de cette conversation pour venir ici et me donner un coup de main ?

 

     Les pouffes m’ont fait sortir de la transe Zen dans lequel je me trouvais. J’ai remarqué que Samia a utilisé le verbe, « voler ». Est-ce qu’elle demande à Hélène qu’elle « décolle » et se dépêche à la cuisine ?

 

     Mais attends !  « Voler », que veut dire ce verbe ?  Tout à coup, je me suis rendu compte que « voler » a deux significations !  « Voler » pouvait vouloir dire, en anglais, « to fly » (aller en avion) ou « to steal » (dérober).  Quelle ambigüité !  Je me sentais entrer dans la transe Zen de nouveau.

 

     A ce moment-là, notre hôtesse, Samia, souriant (à fin d’éviter de s’éclater en rigollots) a annoncé, « À table ! »  Le couscous était prêt. La transe Zen s’était cassée.  Moi, j’étais prête, aussi, de quitter le monde des mots ambigus pour le monde des gouts délicieux dans cette belle soirée parisienne.

 

Patty Duffy

Copyright © 2017 Patricia Lynne Duffy. Tous droits réservés.

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