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Patricia Lynne Duffy

 

from the heart of Chelsea, NY…


“Hommage  à Chagall” détail
Geneviève Mousseaux

 

Blue Cats Mews

 

Scènes de la vie dans une autre langue (2)

Le dîner chez Mme. de la Ferronnière

par Patty Duffy


Après deux jours passés au lit dans un petit hôtel bien bon-marché dans un quartier obscur de Paris (le seul que j’ai pu trouver pendant ce période en décembre des vacances de Noël) récupérant du décalage horaire, j'ai essayé de me préparer psychologiquement pour mon séjour de dix jours dans la famille de Madame de la Ferronnière pour mon cours d'immersion totale en français.  J'étais plus qu'angoissée et j'avais mal au ventre. Cependant, je ne permettrais pas que cet anxiété soit un obstacle  J'étais déterminée d'apprendre le français. 

Je répétais dans ma tête le petit monologue que j'avais fait pour ma première rencontre avec Mme de la Ferronnière : « Bonjour Mme de la Ferronnière. Je suis Patricia Duffy votre étudiante. Je suis très heureuse de faire votre connaissance ! » 

J'avais décidé de réciter ce monologue au chauffeur de taxi.  Quand il est venu de me chercher à l'hôtel, je lui ai tendu la main et lui ai dit : « Bonjour Monsieur.  Je m'appelle Patricia Duffy.  Je suis ici à Paris pour étudier le français.  Je suis très heureuse... »  Mais tout à coup, j'ai oublié le reste de la phrase.  J'ai essayé de nouveau : « Je suis très heureuse de--de--je veux dire, de --de connaitre votre faisanse--non--non--non--je veux dire--de faire--de faire—. » 

Le chauffeur a hoché la tête vigoureusement, en disant : « Oui, Madame, oui, Madame !  Très bien, Madame !  Ou allez-vous, Madame ? » 

Mon regard a rencontré le sien dans le rétroviseur une ou deux fois et j'ai vu qu'il avait peur que je me remette à parler.  Je suis restée silencieuse.  La douleur dans mon ventre s'est intensifiée. 

Nous sommes arrivées à l'appartement de la famille de la Ferronnière : un immeuble classique et élégant du seizième arrondissement. Rapidement, silencieusement et avec efficacité, le chauffeur a déchargé mes bagages.  Il a évité mon regard, ayant peur que je ne récite encore quelques phrases. 

Je me suis sentie soulagée quand j'ai vu Mme. de la Ferronnière. C'était une femme à l'air intellectuel et excentrique.  C'est le côté excentrique qui m'a mise à l'aise. 

Une fois dans l'appartement, je me suis sentie encore plus à l'aise. Il était plein d'articles chinois : des rouleaux chinois, des chaises chinois, des vases chinois, des étampes chinois, des lampes chinoises et des meubles chinois. 

J'ai complètement oublié les phrases que j'avais préparées, et, à la place, j'ai dit, « Vous avez beaucoup de chose chinoises ! » 

« Oui, » a répondu Mme de la Ferronnière. « Mon mari a voyagé en Chine au moins de cinq ou six fois pour ses affaires. » 

Quelle bonne coïncidence !  Josh, mon mari a voyagé en Chine pour son travail aussi.  Et notre maison a beaucoup de choses chinoises aussi. C'était quelque-chose que nous avons en commun.  Ça aiderait notre communication.  Je me sentais à la fois soulagée et stimulée.

Les leçons de français avec Mme de la Ferronnière se sont passées très agréablement.  Nous parlions de la Chine, de l'Europe, de l’Amérique, de la famille, de nos maris, de tout. Plusieurs fois, nous avons visités des quartiers différents de Paris. 

Comme tout bon professeur, elle savait comment s'exprimer pour que je la comprenne.  Mais quand je dînais avec toute la famille, il y avait des moments où je souffrais et me sentais ridicule. 

Un soir, par exemple, la famille avait quelques invitées à dîner. Tout le monde racontait les blagues, riait et riait, et moi, je me suis assise comme momifiée. J'ai seulement compris qu'il était question d'un soldat italien qui chantait des airs d'opéra. A la fin, le fils a essayé de me raconter la blague en anglais, mais je ne l'ai pas encore comprise ! 

Peut-être pour changer de sujet, quelqu'un m'a demandé comment on prononçait mon nom de famille en anglais. Malheureusement, il a du répéter la question trois ou quatre fois.  Quand je l'ai enfin comprise, j'ai répondu un peu trop fort : « Duffy ! » 

« Duffy ! » a répété M. de la Ferronnière, le mari de mon prof. « Comme le canard ? »

« Non, » ai-je répondu, pas comme le canard.  Comme l'artiste mais avec deux "œuf"  (J'ai voulu dire deux "f", mais je me suis trompée et j'ai prononce "f" comme "œuf").

Tout le monde s'est mis à rire et, je ne savais pas, à ce moment-là, pourquoi.  J'ai pensé que, peut-être, je ne m'étais pas exprimée clairement.  J'ai réessayé. « C'est-à-dire, le nom de l'artiste, "Dufy" a seulement un "œuf", mais mon nom de famille, "Duffy" a deux œufs.

« F ! »,  a dit Mme. de la Ferronnière. « Votre nom de famille a deux "f", Patricia ! »

J’ai rougis à ma mauvaise prononciation.

Pour changer à nouveau de sujet, Mme de la Ferronnière m'a offert du fromage. « Une petite morceau de gruyère, Patricia ? » 

Mais mes oreilles étrangères ont entendu, « Une petite cuillère, Patricia ? »  Je ne pouvais pas imaginer pourquoi elle la voudrait, mais dans un état de confusion et sans savoir quoi faire, je lui ai passé une petite cuillère près de mon assiette, répétant, « Oui, une petite cuillère ». 

Pour une seconde, Mme Ferronnière et les autres paraissaient confus--et puis, une seconde plus tard, ont commencé à rire.

« Gruyère", Patricia.  Pas "cuillère". » 

Ce soir-là, j'ai quitté la table avec la sensation d'être un personnage de bande dessinée. 

Pourquoi suis-je venue ici ? Peut-être était-ce ridicule d'essayer d'apprendre une langue étrangère à mon âge ? (j'avais presque 40 ans) A ce moment-là, j'ai souhaité retourner au confort de ma langue maternelle. 

Plus tard dans la soirée, j'ai retrouvé Maria, une autre étudiante de Mme Ferronnière. Maria, une Suisse allemande, était assise toute seule. Pour la première fois, nous nous somme mises à parler en anglais. Auparavant, nous avions essayé de parler seulement entre nous dans notre français limité, donc, nous avions très peu parlé. 

Mais ce soir-là, nous avons énormément parlé. C'était un soulagement pour nous deux après cette lutte qu'était la bonne communication en français.  Nous nous sommes racontées toutes nos expériences de voyage.  

Toutes les deux nous avions aimé voyager, ça c'était clair. Maria m'a raconté ses voyages en Amérique du Sud, et moi, toutes mes expériences en Asie. Nous avons parlé jusqu'à deux heures du matin. 

Le soir suivant, durant le dîner, M. de la Ferronnière nous a demandé pourquoi nous avions parlé si longtemps la nuit précédente.  Cette fois-ci, j'étais déterminée à participer à la conversation de la famille. 

J'ai répondu à sa question immédiatement. Mais malheureusement, j'étais victime d'un faux ami. Je pensais que le mot "adventure" en anglais et "aventure" en français avaient la même signification.  Donc, essayant de parler très clairement et précisément, j'ai dit : « Maria et moi, nous parlions beaucoup parce que nous avons eu beaucoup d'aventures dans d'autres pays. Moi, j'ai voyagé beaucoup en Asie et j'y ai eu beaucoup d'aventures. Maria a voyagé beaucoup en Amérique du Sud et elle a eu beaucoup aventures aussi. Donc, nous avions beaucoup d'histoires à nous raconter !  » 

Après ça, la famille Ferronnière s'est tue.  J'ai pensé que, peut-être, ma manière de m'exprimer en français n'était pas si claire. J'ai essayé de m'expliquer à nouveau d'une façon différente. « C'est-à-dire, je crois qu'en général, tout le monde aime avoir ses aventures dans les pays étrangères, n'est-ce pas ? » 

Le silence persistait.  Apres quelques instants Mme. de la Ferronnière a changé de sujet. « Patricia me racontait de son séjour chez ses amis dans la Creuse à Noel.  Elle était étonnée par la coutume française de mettre les cadeaux de Noël dans les souliers. » 

« Oui », ai-je dit, « C'était vraiment charmant cette coutume--complètement nouveau pour moi. » 

Mme. De la Ferronnière se semble soulagée que le sujet fût maintenant plus innocent. 

M. de la Ferronnière a continué : « Probablement qu'en Amérique, on a des coutumes pour Noël qu'on n'a pas ici. » 

« Ah, oui. Je peux vous en raconter une », ai-je dit. « C'est une vielle tradition. En Amérique, si deux personnes se croissent au-dessous du gui, elles doivent baiser.  Elles doivent baiser immédiatement. » 

Après un petit silence, M. de la Ferronnière a déclaré : « C'est un pays dynamique, l'Amérique ! »

 

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